Je pense que je vais inaugurer une nouvelle rubrique avec ce message. Je lis beaucoup de choses sur les enseignants. J'entends beaucoup de choses. Tout et son contraire pour tout dire.

FInalement, qui sait ce qui se passe entre les 4 murs, une fois la porte fermée, lorsque le prof commence son cours ?

Et si moi, je vous racontais mon quotidien ? Prêts ? Prenez la mesure...Je vais juste m'efforcer d'être la plus anonyme possible (ahem) et en divulguer le moins possible sur mon établissement. Juste histoire de dire que je ne suis qu'une parmi tant d'autres. Que mon quotidien est celui de beaucoup.

Vendredi 05 avril. 00:12

Je suis sur le point d'éteindre mon pc. Pour la première fois de la semaine, je me suis permis de regarder une connerie à la télévision. Que je vous raconte...(z'inquiétez pas, ça sera moins long la prochaine fois)

Lundi, ça ne compte pas.

Mardi: le matin, déposer la petite à l'école, rentrer bien vite, me poser devant mon bureau, entamer la correction des fabliaux que j'ai fait écrire à mes 5e. Pas folle, je n'ai que 15 copies, je les fais travailler à deux, en formant des binômes complémentaires, ça va aller vite... J'ai corrigé trois copies, puis me suis rendue compte que j'avais les 3e l'après-midi, que j'avais 6 exercices à corriger et à rendre, qu'ils avaient fait leur exercices sur leur dossier de cours, qu'ils auraient besoin de leur dossier de cours cet après-midi...Bon, je laisse tomber les fabliaux et me mets à corriger les exercices. De l'argumentation. Pas top, ils ont encore du mal, pas grave, c'est le début. Ca va venir. Mon portable sonne: c'est l'heure de prendre le déjeuner, la matinée a filé à toute vitesse. Je dois manger vite et partir au travail. Je bosse dans l'aglomération nantaise, je suis dans le centre. Au bas mot, 30 minutes de circulation sur l'heure de midi...Impossible de prendre les chemins de traverse, c'est bouché partout, tout Nantes est en travaux: ils ont décidé "d'apaiser" la circulation en centre-ville. Je pense qu'ils n'ont pas pris la mesure... s'ils venaient dans mon véhicule tous les jours, ils s'apercevraient que je suis tout sauf "apaisée", moi, lorsque je traverse ma ville (pour tout vous dire, sur la voie qui mène à la Clinique du coin, ils n'ont rien trouvé de mieux que de faire une voie à 2x1 voie, avec terre plein central qui empêche tout dépassement; l'autre jour, les pompiers étaient bloqués dans le bouchon, impossible de passer à droite ou gauche pour eux... faut-il être stupide pour ne pas avoir pensé à ça !)...Bref. Donc, je pars stressée, me demandant si je serai à l'heure. Je dois arriver bien avant l'heure de cours à proprement parler: le temps de me garer, de traverser ce collège ultra étendu (je n'ai plus que des talons à  mettre, j'ai mal aux pieds, je souffre d'hallux valgus aux deux pieds), d'arriver jusqu'aux préfabriqués qui nous servent de salle des profs, le temps d'annexer un pc (6 pour 67 profs), d'ouvrir ma session (patience... ça tourne), de brancher mon disque dur externe, d'ouvrir mon document (patience...ça tourne), d'imprimer le document sur l'une des imprimantes (deux pour 67 profs). Le temps de prendre ces docs et les photocopier sur la photocopieuse (2 pour 67 profs, quand elles fonctionnent, quand elles ont du papier, quand elles ont du toner). Ca sonne. Juste le temps d'aller en cours. Je termine mes cours, me précipite sur ma voiture pour faire le trajet en sens inverse, j'ai pile le temps (si ça ne bouchonne pas...) de récupérer ma petite à l'école. Arrivée devant chez moi, je dois me battre pour trouver une place, ici aussi, c'est "la guerre mondiale de 78"... Je rentre avec ma petite, goûter et papotages, elle devant la tv, moi sur mes fabliaux. Toutes les 2 minutes, elle m'interrompt pour me raconter un truc. Je n'avance pas, je relis 10 fois la même phrase, mais b****l, qu'est-ce qu'ils ont bien voulu me dire, là, je n'y comprends rien... J'abandonne, c'est l'heure de la douche. Préparation du dîner, au lit. Je retourne à mes cours, je dois être au point pour demain, je n'aurai pas une minute pour souffler, je dois être au top dès le début.

Mercredi: c'est simple, j'ai jamais eu pire dans ma vie de prof. Le mercredi matin, j'ai 4h de cours, je n'ai pas choisi, cela m'a été imposé. (et je peux vous dire que ça me coûte un bras en nounou, ce jour-là, je travaille à perte, c'est bien simple...) Ma petite est à l'école cette fois-ci, rattrapage du jeudi des vacances de la Toussaint qui nous a été donné (ah ben non, pas donné finalement, hein, puisqu'on nous le reprend ! Et sans nous avoir consulté en plus !). Bref, toujours est-il que je dois bosser aussi l'aprem, je dois faire mes cours du jeudi aprem, soit 14h/17h. Donc je résume, 7h de cours dans la  journée. Pour tout prof, je n'explique pas, vous avez compris. Pour les autres, c'est simple, à 17h, y'avait plus personne aux commandes, ni chez les élèves ni chez moi...7h à ne faire que cogiter, anticiper, répondre, évaluer, sanctionner, argumenter pour avoir le calme (sont énervés en ce moment les gosses), Vous ne supportez pas vos gosses durant les vacances ? nous on les a toute la journée... 7h sans avoir une heure de battement pour se reprendre (où en étais-je avec ceux-ci, on a vu quoi, il reste quoi à faire, ah, je dois leur rendre ça, mince, j'ai pas eu le temps de photocopier tel truc, blablabla). Même à la pause méridienne, à la cantine, on parle de taf, d'une manière ou d'une autre on y revient. Surtout dans ce genre de journée où l'on a à peine le temps de se croiser entre collègues. On se donne les dernières infos sur unetelle dont la maman est partie assister au tournage d'une émission à la con et a laissé sa gamine de 12 ans gérer seule le petit de 7 mois..., ou encore sur les allophones qui habitent à l'hotel et qui se renferment sur eux-mêmes, qui commencent à poser, pour certains, problème en cours, de leur PP (prof principal) a RV avec les parents, blablabla. Bref, une pause méridienne consacrée à bosser, quoi. A stresser en fait. Sortie de cantine, café en salle des profs, histoire de souffler et déconner un peu, mais non, finalement, on parle du prochain CA, on ressasse nos soucis personnels, nos griefs contre cette journée longue et difficile, surtout imposée...Je rentre chez moi, récupère ma fille à la périscolaire puisque j'ai fini tard.Nous rentrons, c'est déjà l'heure de la douche, dîner, dodo. Elle. Et moi avec, merde les fabliaux.

 

Jeudi: les 5e gueulent un peu, ils attendent leurs fabliaux...Comment leur dire que je n'arrive pas à trouver le temps de m'y mettre ? A quel moment puis-je le faire ? Jeudi, 6h de cours. J'ai juste une heure de moins que la veille, de 11h à 12h, je me dis que je vais en corriger. Salle des profs, ça discute, y'a du bruit. Je n'avance pas, sans arrêt quelqu'un à qui on a un truc à demander. 11h30, j'ai fait une copie...Je persiste, puis vais déjeuner. De 13h à 14h, pas cours, je me remets sur mes copies. Interrompue, cinq fois, je laisse tomber. Cours de 14h à 17h. Je suis rincée. Je rentre, récupère la petite à la périscolaire. Elle est rincée, elle n'aligne pas trois mots cohérents. Je prends ma douche, elle refuse de prendre la sienne, se met en pyj et va dans son lit. Il est 19h, elle ne veut pas manger, juste dormir. Comment va-t-elle faire l'année prochaine quand elle aura cours le mercredi ? On mange quand même un peu et à 19h30, elle comme moi sommes au lit. Je m'endors aussitôt. Je me réveille à 3h du mat en sueur, merde, j'ai pas fini les fabliaux, je vais encore devoir leur dire que je ne les ai pas corrigés... je me rendors, contrariée et ressassant mon incompétence et mon incapacité à m'organiser des journées de  30 heures...

 

Ce matin: j'emmène ma petite à l'école, la maîtresse veut me voir (je sais pourquoi, pas de souci). Rv lundi. Ensuite, kiné, j'ai le dos en vrac à force de stress, je savoure ces 30 minutes, ressors toute endolorie tout de même...C'est fou comme on supporte les douleurs dorsales au quotidien: le sac ultra lourd, l'écriture au tableau, je peux à peine lever mon bras en sortant du kiné. Je rentre chez moi, je me pose devant mon pc et prépare mon texte de l'après-midi, que je n'avais pas fini de taper. Oui, je retape mes textes, pour les mettre à la bonne police, parce que j'ai deux dyslexiques dans la classe et que pour eux, faut du texte en Comics 12, interligne 1.5... Quand je pense que de toute façon, l'un d'eux ne le lit même pas et m'emmerde tout le cours à discuter avec sa voisine...Bref, je finis de taper le texte. Je l'enregistre sur le disque dur. Je corrige deux fabliaux. Il est 11h, je dois manger car il faut que je sois partie pour 12h. Le temps d'arriver au collège, 12h30 (quand ça circule pas et curieusement aujourd'hui, impec). J'ai cours à 13h, j'ai pile 30 min pour sortir le doc et l'imprimer. Ce fut tout juste: plus de toner dans la photocopieuse, juste après mon passage, ouf, je l'ai échappé belle. 13h, Aide Individualisée avec des 5e qui ne sont pas les miens (oui, c'est le truc imposé cette année: on se récupère les gamins "en difficulté" des autres colllègues et on doit leur faire faire ce que le collègue demande). En gros je récupère 4 d'une collègue et 4 d'une autre. 8 élèves, ça n'a rien d'une aide individualisée, leur truc...Et en plus, je ne suis pas censée faire la même chose avec les deux groupes. Comme je ne sais pas ce que je dois faire, je me débrouille. Je revois des fondamentaux avec eux. Ca les gave, moi aussi, mais je fais comme si je m'éclatais comme une folle, je blague un peu et ils finissent par se prendre au cours et bossent sérieusement. Ensuite, vient le cadeau de ma semaine: les deux dernières heures sont consacrées à mes 3e. Vous ne savez pas ce que c'est, des ados de 15 ans, obligés d'avoir français les 2 dernières heures de la semaine, vous...C'est vraiment le créneau où je n'avance pas...

Voous savez quoi ? Je suis rentrée chez moi, j'ai récupéré ma fille à l'école. Nous avons goûté, nous sommes douchées, avons glandé devant la tv, avons dîné des sandwiches et je me suis enfin posée de ma semaine. Merde aux fabliaux. Demain, je dors...

Ah, non. Ma machine à laver va m'être livrée entre 8h et midi. Avec juste deux semaines de retard...je me demande comment cela peut encore s'avérer intéressant de commander chez monsieur-bon-plan, alors qu'en allant au darte-ti du coin, j'aurais eu ma machine depuis déjà une bonne dizaine de jours...Je ne suis pas fan de lessives, mais là, j'ai hâte d'en faire une bonne quinzaine, ça commence à sentir le fennec dans ma salle de bain et je manque furieusement de lingerie de rechange...Combien vous pariez que demain, je me lève exprès à 7h30 (histoire d'être fraîche au cas où ça sonnerait à 8h) et que ma machine arrivera à 11h50 ?? Le pire dans tout ça, c'est que demain matin, je suis censée passer à l'agence, récupérer des offres locatives (je vais déménager), et qu'ils ne sont ouverts que le samedi matin...Combien vous pariez que ça ne sera pas encore cette semaine que je trouverai le logement qui convient ?

Sur ce, tout le crédit de sommeil pris hier est déjà épuisé, je tombe de fatigue, je n'ai que 6h de sommeil devant moi à présent...

Une semaine dans la vie d'une maman prof, c'est archi banal.

Je vous ai dit qu'en tant que prof non titulaire, je gagne 1367 euros nets par mois ? En temps plein, je précise. Bises.

 

Edit, dimanche, 21h14

Finalement, je n'étais pas si loin que cela. Les livreurs sont arrivés à 11h. Le pire, c'est qu'ils sont venus sans caisse à outils (quelle belle brochette de bras cassés, incroyable), donc impossible de dévisser les trucs en métal qui tiennent le tambour ! Manque de bol, j'ai prêté mes outils à une copine qui ne me les a toujours pas rendus, voisins absents...Obligés d'aller sonner dans la rue, voir si quelqu'un avait une clé de 10... Nan mais sérieusement, tu viens livrer une machine, tu es payé pour mettre la machine en route, tu ne penses pas à vérifier que tu as les outils nécessaires avant de partir ??

Bref. J'ai passé le weekend à tout laver, ouf, il était temps, ça débordait.